Traduit de l'hébreu par Yeḥiel Davenne — 560 p.
Paru il y a dix jours. Nous n'avons rien dit encore. Voici pourquoi ce livre mérite qu'on s'y arrête longuement.
Quand on fonde une maison d'édition philosophique, on se fixe une règle simple : ne publier que ce qui comble un manque réel. Pas un manque de marché — un manque intellectuel. Un argument qui n'existe pas encore en français, une voix qui n'a pas été entendue, un problème qui reste ouvert faute d'outil pour le traiter.
Kabbale et Psychanalyse remplit ce critère à chaque page.
Ḥaviva Pedaya est Professeur d'histoire juive à l'Université Ben-Gourion du Néguev. Poétesse. Prix Gershom Scholem pour ses études sur la Kabbale en 2018 — la récompense la plus haute dans ce domaine. Et, fait qui n'est pas anecdotique : arrière-petite-fille du kabbaliste Rabbi Yehuda Fatiyah de Bagdad.
Ce dernier détail compte. Pedaya n'aborde pas la mystique juive comme un objet d'étude à tenir à distance. Elle vient de l'intérieur. Son érudition est réelle, rigoureuse, académiquement irréprochable — et en même temps habitée. Cette combinaison est rare. Elle est la condition de ce livre.
La mystique juive a été confisquée. Ce n'est pas une métaphore — c'est le constat de Pedaya, documenté, argumenté. Instrumentalisée par les courants nationalistes qui en ont fait un supplément d'âme identitaire. Normalisée par les institutions religieuses qui en ont émoussé le tranchant. Réduite, dans l'imaginaire populaire, à quelques symboles décoratifs et à des pratiques de développement personnel allégées.
Ce que Pedaya fait dans ce livre, c'est dégager les strates. Revenir à ce que la mystique juive dit réellement — dans sa rigueur, dans son exigence, dans son étrangeté parfois inconfortable.
Et là commence quelque chose d'inattendu. En revenant aux sources — aux kabbalistes provençaux, à Nahmanide, aux maîtres hassidiques — Pedaya repère des intuitions qui font écho à des découvertes autrement formulées par la psychanalyse du XXe siècle.
Un exemple concret : la notion d'écorce translucide chez les kabbalistes — cette membrane semi-perméable entre le moi conscient et les couches plus profondes de l'être — entre en résonance directe avec le concept de faux self développé par Winnicott. Même phénomène, deux langages, sept siècles d'écart. Ce n'est pas une coïncidence pittoresque. C'est une convergence structurelle qui dit quelque chose de fondamental sur la nature de l'âme humaine.
Pedaya ne force pas le parallèle. Elle le laisse apparaître — et c'est précisément cela qui convainc.
Ce livre n'est pas une introduction grand public à la kabbale. Ce n'est pas un livre de développement spirituel. Ce n'est pas un essai de vulgarisation psychanalytique. C'est une œuvre — 560 pages — qui demande un lecteur disponible, disposé à travailler, capable de tolérer la complexité sans vouloir la résoudre trop vite.
Nous l'assumons entièrement.
→ Fiche du livre sur localement-transcendantes.fr
Pourquoi nous — et pourquoi elle nous a fait confiance
Pedaya était quasiment absente du paysage éditorial français. Une anomalie inexplicable pour quelqu'un de son calibre. Nous avons commencé à corriger cela en novembre dernier avec Trauma and Rituals of Exile, son ouvrage sur la marche et les rites d'exil — publié en anglais, une première mondiale en traduction. Elle nous a fait l'honneur de nous confier également ce volume en français. Deux langues, deux livres, une même confiance. Nous la portons sérieusement.